Dans le champ des soins et de la psychothérapie, l’exploration de la question identitaire passe souvent par la qualité de la fonction contenante. En tant que cadre infirmier à la retraite, j’ai observé combien des dispositifs simples — un atelier, un cadre stable, une parole soutenue — pouvaient permettre à une personne de retrouver une conscience de soi et d’amorcer un travail d’intégration psychique. Cet article propose des repères cliniques et pratiques, fondés sur les apports de D. Anzieu, W. Bion et Winnicott, et illustre des parcours thérapeutiques concrets. À travers des exemples, des exercices et des réflexions sur la relation thérapeutique, il vise à aider les professionnels et les proches à soutenir le développement personnel et l’identité personnelle des personnes vulnérables.
Processus thérapeutiques et fonction contenante : repères cliniques pour la question identitaire
Comprendre les processus thérapeutiques suppose d’abord de poser des cadres théoriques utiles en clinique. D. Anzieu a développé l’idée d’une enveloppe psychique — une métaphore opérante pour penser comment un sujet se sent protégé ou, au contraire, percé. Cette enveloppe comporte deux faces : une interface extéroceptive qui capte les stimuli du monde, et une face interne qui recueille les traces imaginaires. Entre elles s’active la fonction contenante, dynamique et nécessaire pour que les contenus internes se relient et trouvent du sens.
Selon vous, la fonction contenante en psychotherapie correspond a :
Bion complète ce tableau avec sa notion de transformation des éléments bêta en éléments alpha grâce à la capacité de rêverie et de contenance maternelle. En pratique thérapeutique, cela se traduit par la possibilité pour le thérapeute d’accueillir des émotions brutes, de les nommer et d’aider le patient à les métaboliser. La personne passe ainsi d’un état où elle est uniquement « contenue » par l’autre à un état où elle peut progressivement exercer sa propre fonction de containement, devenir un sujet capable de garder en soi des sensations et des pensées sans les disperser immédiatement.
Application clinique — cas illustratif
Prenons le cas fictif de Léa, une femme dans la quarantaine qui, après des hospitalisations pour épisodes psychotiques, fréquente un atelier d’ergothérapie. Au départ, Léa projette ses angoisses sur les objets et verbalise de manière envahissante. Grâce à des séances répétées, rituelles, et un cadre stable, elle commence à tolérer l’attente, la séparation et à garder certains ressentis pour elle, ce qui signale une progression de sa conscience de soi. Le thérapeute a mis en place des médiations matérielles (argile, dessin) et un rituel d’installation pour offrir une image concrète de contenance. Progressivement, Léa introjecte ces capacités et reconstruit une identité personnelle moins fragmentée.
En pratique, il est utile de distinguer deux axes : d’une part, travailler à stimuler la capacité contenante du patient ; d’autre part, analyser et adapter les contenants proposés (cadre, médiations, groupe). Ces deux dimensions sont complémentaires et nécessaires pour que la relation thérapeutique devienne un lieu d’apprentissage de soi.
Ce premier repère clinique rappelle que la fonction contenante n’est ni objectivement extérieure ni purement idéelle : elle est à la fois métaphorique et concrète, et se construit dans la relation. Insight : la fonction contenante est un pont entre théorie et geste clinique ; travailler ce pont transforme la question identitaire en processus progressif de reconstruction.

La fonction contenante en psychothérapie : stimuler l’identité personnelle et la conscience de soi
Stimuler la fonction contenante du patient est un acte thérapeutique concret. En ergothérapie, le praticien ne se contente pas d’offrir des objets : il propose des situations où le patient peut éprouver qu’il possède une enveloppe fiable, intérieure et extérieure. Cela concerne particulièrement les patients en état-limite ou psychotiques, pour lesquels la capacité à garder en soi des émotions est souvent déficitaire.
Mise en œuvre pratique
Un cadre stable, des rituels d’accueil, une disposition matérielle constante, et des médiations choisies favorisent l’apparition d’une conscience de soi. Le thérapeute doit, simultanément, surveiller ses réactions personnelles face à l’agressivité ou à la désorganisation, afin d’offrir des réponses contenantes plutôt que de simples réactions émotionnelles. La supervision est ici un outil essentiel pour maintenir une contenance professionnelle efficace.
| Type de contenant | Exemple concret | Objectif thérapeutique | Effet attendu |
|---|---|---|---|
| Contenant spatial | Salle d’atelier fermée, rituels d’installation | Créer une distanciation sécurisante vis-à-vis du monde extérieur | Sentiment de protection et possibilité de pause psychique |
| Contenant matériel | Argile, papier, boîtes pour ranger | Permettre la matérialisation et la séparation des contenus | Meilleure symbolisation et organisation interne |
| Contenant sonore | Fond musical doux en séance | Envelopper l’émotion sans la saturer | Réduction de l’anxiété, induction créative |
| Contenant relationnel | Règles claires, écoute soutenue du thérapeute | Fournir une représentation interne fiable du soin | Introjection progressif de la capacité contenante |
Le tableau synthétise des modalités concrètes que j’ai vues fonctionner. Il est utile de proposer des expériences répétées et sécurisées pour que l’appropriation devienne durable. Le but est toujours l’intégration psychique : la personne intègre en elle des ressources qui étaient d’abord projetées à l’extérieur.
Insight : une fonction contenante stimulée progressivement transforme la relation thérapeutique en un atelier d’appropriation identitaire, où se développe la capacité à s’auto-contenir.
Passages dedans-dehors : ateliers créatifs et médiations pour l’intégration psychique
Les ateliers créatifs offrent des occasions privilégiées d’expérimenter les passages dedans-dehors. Ce va-et-vient est essentiel pour que des éléments internes deviennent communicables et symbolisables. J’illustre ce point avec le récit de Karim, jeune patient d’origine franco-iranienne, poète à ses heures, suivi en psychothérapie non verbale. Son travail pictural a permis de relier des univers culturels intériorisés et d’élaborer une identité personnelle plus cohérente.
Rituel, répétition et sécurité
La salle d’atelier, par sa matérialité (couleurs tamisées, mobilier stable, sélection d’outils), crée des sas qui marquent le passage entre l’extérieur et un espace sécurisé. Les rituels d’installation (salutation, choix d’un espace personnel, rangement) instaurent la répétition nécessaire à l’intégration. Ces éléments favorisent l’apparition de la conscience de soi comme contenant corporel et psychique.
Exercices pratiques recommandés
- Auto-massage guidé de quelques minutes pour repérer les frontières corporelles et restaurer la sensation de peau comme contenant.
- Jeu de la boîte à secrets : déposer des objets symboliques dans une boîte puis expliquer leur choix, favorisant la symbolisation.
- Atelier d’argile en deux temps : modeler librement, puis nommer sans jugement ce qui a été senti.
- Écoute partagée d’un fond musical suivi d’une création plastique pour travailler la contenance sonore et la projection émotionnelle.
Ces exercices illustrent comment la projection du dedans au dehors permet non seulement d’exprimer mais aussi de reconnaître et d’organiser les contenus psychiques. Ils sont particulièrement efficaces en groupe hétérogène, où des patients plus verbaux aident ceux qui sont moins symbolisants à mettre des mots sur leurs expériences.
Insight : l’atelier est un laboratoire où se fabrique l’identité par la pratique répétée du passage dedans-dehors, rendant possible une symbolisation durable.
Contenants offerts et contenance intérieure : repérer, analyser et transmettre
Une exigence clinique est de repérer les contenants proposés et d’analyser leur pertinence pour chaque patient. Il faut distinguer ce qui est apporté par le thérapeute (cadre, médiations, règles) et ce qui peut être introjecté par la personne. Cela relève d’une attention fine aux dynamiques transférentielles et aux réactions du soignant. La relation thérapeutique se déploie ainsi comme un lieu d’apprentissage de la contenance, et non comme une simple mise à l’abri.
Supervision et formation
Le thérapeute doit cultiver la capacité au négatif décrite par Bion : tolérer l’agressivité et la destructivité verbale sans en être submergé. C’est un apprentissage qui passe par la supervision régulière et par une formation continue. En 2026, l’importance de ces dispositifs s’est accrue face à des parcours de soin éclatés et à l’augmentation des patients ayant des troubles de la régulation émotionnelle.
Pour approfondir la réflexion clinique, on peut se référer à des lectures pratiques et des retours d’expérience : exploration des processus thérapeutiques propose une lecture riche des enjeux identitaires. De même, la question de l’image de soi, si souvent travaillée en thérapie, est abordée avec pertinence dans quand le reflet trahit le miroir, ressource utile pour penser les enjeux identitaires contemporains.
Un point clinique crucial consiste à favoriser l’introjection des capacités contenantes du thérapeute par le patient. Cela se fait via des expériences suffisamment répétitives et sécurisées, l’analyse commune des productions et la mise en mots graduelle des émotions. Le groupe apparaît souvent comme un levier : il offre un contenant collectif où la diversité des capacités de symbolisation devient ressource.
Insight : repérer et ajuster les contenants offerts est une compétence clinique centrale pour transmettre une capacité contenante durable et favoriser l’intégration psychique.
De la contenance au développement personnel : continuité, expression émotionnelle et identité
Penser la fonction contenante au long cours, c’est la considérer comme un point d’ancrage du développement personnel. Au-delà des épisodes aigus, la continuité des processus thérapeutiques permet d’installer des habitudes mentales nouvelles : la capacité à contenir une émotion temporaire, à nommer une pensée intrusive, à se représenter comme sujet acteur et non seulement objet des soins.
Stratégies pour maintenir la progression
Plusieurs stratégies concrètes permettent de renforcer cette continuité : maintenir des temps différenciés entre parole et création, proposer des rituels d’atelier qui marquent le temps thérapeutique, encourager la pratique d’auto-soins corporels pour soutenir la contenance somatique. Il est aussi pertinent d’utiliser la dynamique de groupe pour favoriser l’apprentissage social et l’expression émotionnelle.
Les professionnels, les aidants et les patients eux-mêmes peuvent adopter des gestes simples : garder un carnet de création, instaurer un rituel quotidien bref de centrage, ou organiser des moments de parole structurée. Ces pratiques soutiennent l’identité personnelle en donnant aux sujets des preuves concrètes de leur capacité à contenir et à relier des contenus psychiques.
Enfin, la question identitaire se situe au croisement du soin et du culturel. Les récits, les références et la possibilité de reconnaître ses héritages personnels participent à la construction d’une identité solide. Dans le cadre thérapeutique contemporain, articuler ces dimensions reste une compétence essentielle.
Insight : la contenance bien orchestrée au fil du temps devient un moteur de développement personnel ; elle permet l’intégration psychique et la transformation durable de l’identité.














